Qu’est-ce que la montagne? Voici ici posée une question bien impertinente. A l’évidence, le terme évoque une unité topographique, marquée par un relief prononcé dominant les plaines et piémonts environnants. Pour autant, la définition du concept de montagne est loin d’être simple. Elle s’est construite progressivement et ne cesse de s’enrichir. Les travaux scientifiques des géographes sont nombreux pour en esquisser d’une part les caractéristiques et d’autre part témoigner de l’évolution du champ sémantique.

Découverte et invention de la montagne

Jusqu’au XVIIIe siècle, les milieux montagnards constituent, des espaces hostiles dans lesquels l’implantation humaine est peu dense. Ils furent longtemps considérés comme des lieux où résidaient des esprits malins et divers maléfices. De fait, les montagnes ont longtemps été des confins, des frontières, des barrières que l’homme franchit en un nombre limité de points répartis au gré des aménités de la topographie. Il faut attendre le siècle des lumières pour que scientifiques et artistes explorent et idéalisent l’espace montagnard. Par exemple, l’actuel Mont-Blanc, icône au combien représentative dans son étymologie de la pureté et du côté immaculé de la montagne, prend ce nom pour la première fois en 1778 dans une carte suisse publiée par un cartographe anglais. Quel contraste dans le terme choisi qui efface et remplace celui de l’ancien « Mont Malet », signifiant selon toute vraisemblance « Mont Maudit ».

La montagne fait tout d’abord l’objet d’une exploration scientifique qui conduit quelques téméraires à la conquête de ses sommets. Au fil du temps, et notamment durant la seconde moitié du XIXe siècle, aventuriers et artistes s’ajoutent aux hommes de la science attirés qu’ils le sont par la force et l’expression puissante de la nature qui sculptent et dominent ces lieux. Ainsi son image est réhabilitée par la vision qu’expriment sur elle non pas les populations indigènes mais des individus originaires des villes et des plaines.

La construction de définitions établies sur la caractérisation physique des montagnes [haut]

Les premières définitions construites sur l’objet « montagne » accordent une importante conséquente aux données de la géographie physique. Cependant, très rapidement, les géographes vont enrichir les définitions en expliquant la diversité des modelés montagnards. En France, Emmanuel de Martonne (Géographie Universelle, tome VI, 1942) explique que « les géographes ont pris l’habitude de caractériser deux types de montagnes aussi différentes par des épithètes autres que celles qui indiquent l’altitude ou la structure géologique elle-même : jeunesse pour les chaînes alpines, où l’on assiste à la démolition du relief par une érosion violente et partout déchaînée, vieillesse pour ces massifs où l’érosion, au travail depuis beaucoup plus longtemps, semble, sur bien des points, avoir épuisé ses forces. [...] Des caractères géographiques aussi nettement opposés justifient amplement la distinction des pays de structure alpine et des districts hercyniens répartis sur deux zones qui se suivent à travers toute l’Europe. Cependant ni d’un côté ni de l’autre ne règne l’uniformité ».

De la montagne milieu à la montagne aménagée [haut]

L’espace montagnard tel qu’il est perçu dans la société européenne est en grande partie lié aux approches déployées par des scientifiques. La perception est également largement influencée par le modèle alpin, qui est resté pendant longtemps une référence universelle.

Progressivement, la vision déterministe (le physique conditionne le vivant), cède la place à des approches scientifiques systémiques qui mettent en avant les effets des gradients climatiques (précipitation, température, expositions...) en montagne comme spécificité du milieu, puis les considérations s’élargissent pour aboutir à une vision plus globale. Dans le dictionnaire de la géographie et des sociétés (Lévy, Lussault, 2001), Bernard Debarbieux signe le propos suivant : « La montagne est une forme de relief saillante caractérisée par des altitudes, des formes et des volumes qui font l’objet de conventions variables selon les contextes. Le terme est d’un usage scientifique populaire extrêmement courant et ses significations sont globalement convergente : tout comme "plaine", "plateau", "vallée", il désigne un des types de relief à l’aide desquels on appréhende la diversité topographique du monde. Mais malgré de nombreuses tentatives, les définitions restent imprécises et l’assimilation de formes de relief à cette catégorie fait souvent l’objet de désaccord.[...] ».


Pour conclure, au delà des difficultés de définition de la montagne, l’Etat français, et l’ensemble de la population, reconnaît les massifs, en s’appuyant pour le premier sur des critères altitudinaux fixés par décret et pour le second sur des clichés géographiques plus traditionnels.
Découverte et invention de la montagne

La construction de définitions établies sur la caractérisation physique des montagnes

De la montagne milieu à la montagne aménagée